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« Show, don't tell » a l'air simple — ça ne l'est pas. Voici comment le faire vraiment

Publié le 19 avril 2026

« Show, don't tell » a l'air simple — ça ne l'est pas. Voici comment le faire vraiment

« Show, don't tell ». Le conseil d'écriture le plus cité qui soit. Tu hoches la tête, tu comprends, tu sais pourquoi c'est important — et à la page suivante tu écris « elle était en colère ».

Le problème n'est pas que tu ne connais pas la règle. Le problème, c'est que « montrer » demande beaucoup plus de travail que « raconter ». Et dans un premier jet, presque tout le monde écrit en mode résumé, parce que c'est plus rapide.

La bonne nouvelle : ça se corrige à la relecture — si tu sais où regarder.

Que veut dire « montrer », exactement ?

Raconter : tu résumes ce qui se passe ou ce que le personnage ressent. Comme un rapport. Exemple : « Anna était nerveuse avant l'entretien. »

Montrer : tu laisses le lecteur vivre la scène lui-même, à travers des détails, de l'action, de la corporalité. Exemple : « Anna lissa le bord de son blazer. Pour la troisième fois. Son téléphone était à 4 %, et le bouton de l'ascenseur ne s'allumait pas. »

Tu sens la différence ? Tu n'as pas écrit « nerveuse » — mais tu l'as vue. Le lecteur construit l'émotion lui-même. Et construit lui-même le personnage.

4 techniques concrètes pour transformer du raconté en montré

Technique 1 : remplace les mots d'émotion par des sensations corporelles

Barre chaque mot d'émotion (en colère, triste, heureux, amoureux) et écris à la place ce qui se passe dans le corps.

  • « Il était en colère » → « Ses doigts s'enfonçaient dans le tissu du canapé. »
  • « Elle était amoureuse » → « Elle riait à sa blague, qui n'était pourtant pas drôle. »

Le corps ne ment pas. Les personnages réagissent d'abord physiquement, puis émotionnellement.

Technique 2 : remplace le résumé par la scène

  • Raconter : « Le dîner avec ses parents s'est mal passé. »
  • Montrer : écris la scène. Trois phrases suffisent. Une réplique du père. Un geste de la mère. Le personnage qui pose ses couverts avec précaution.

Le résumé, c'est du temps gagné pour l'auteur. La scène, c'est du temps vécu par le lecteur. Les lecteurs veulent passer du temps avec tes personnages, pas lire un rapport sur eux.

Technique 3 : utilise des détails spécifiques plutôt que génériques

  • Générique : « Elle portait une jolie robe. »
  • Spécifique : « Elle portait la robe bleu marine avec la petite tache de café sur l'ourlet, qu'elle oubliait toujours. »

Le détail rend le personnage concret. Une tache de café qu'elle oublie toujours en dit plus sur Anna que trois paragraphes d'auto-description.

Technique 4 : laisse le dialogue porter l'émotion

Les gens disent rarement directement ce qu'ils ressentent. Ils esquivent, deviennent sarcastiques, changent de sujet. Un bon dialogue montre l'émotion sans la nommer.

  • Raconter : « Elle était déçue qu'il ne soit pas venu. »
  • Montrer : « Tu n'étais pas là. » « Je sais. » « C'était bien. On s'est bien amusés. »

Trois répliques, rien d'expliqué — et le lecteur sent la déception précisément. Parce qu'il n'est pas informé, il est impliqué.

Quand tu as le droit de raconter (et quand tu le dois)

« Show, don't tell » n'est pas une règle absolue. Parfois, raconter est le bon outil.

  1. Pour les sauts dans le temps : « Trois ans plus tard. » Personne ne veut lire trois ans en scènes.
  2. Pour les transitions : « Elle roula deux heures vers le sud. » Le trajet n'est pas l'histoire.
  3. Pour l'info de fond : parfois tu dois dire au lecteur que la mère du personnage est morte il y a dix ans. Un flashback complet serait trop.

La règle : scène et « montrer » là où vivent l'émotion et le conflit. Résumé et « raconter » là où tu dois emmener le lecteur d'un point A à un point B.

Les bons auteurs passent fluidement de l'un à l'autre. Les auteurs inexpérimentés montrent tout, ou racontent tout.

Le test pour ton texte

Prends une page de ton manuscrit. Surligne en deux couleurs :

  • Rouge : là où tu nommes les émotions (« était en colère », « se sentait triste »).
  • Vert : là où tu montres les émotions (par le corps, le dialogue, le détail, l'action).

Si tu vois plus de rouge que de vert, tu sais où il faut retravailler. La bonne nouvelle : chaque zone rouge est une occasion de rendre ton texte plus fort.

L'artisanat derrière

Show, don't tell n'est pas une question de style — c'est une décision d'artisan. Les lecteurs veulent ressentir, pas être informés. Chaque phrase que tu « montres » au lieu de « raconter » est une phrase sur laquelle le lecteur s'arrête.

Parabini ne t'aide pas à montrer plutôt que raconter — c'est ton travail à la phrase. Mais l'outil t'aide à organiser ton premier jet pour que tu aies la tête libre pour exactement ce type de travail de détail. La structure, c'est l'outil. Les phrases restent les tiennes.

Retravaille une page. Vois la différence. Puis retravaille la suivante. Ton manuscrit s'améliore — phrase après phrase.

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